Un sondage international révèle que de nombreuses entreprises ne se protègent pas suffisamment contre le risque lié aux régimes de retraite à prestations déterminées


TORONTO, Janvier 2009

La volatilité des marchés de capitaux rend nécessaires de nouvelles stratégies visant un meilleur rapport risque-rendement.

Selon un nouveau sondage mené par Hewitt & Associés, société mondiale d'experts-conseils en gestion et en impartition des ressources humaines, de nombreuses entreprises dans le monde n'ont pas pris les mesures nécessaires pour se prémunir contre le risque lié aux régimes de retraite à prestations déterminées (PD). Malgré la conjoncture inquiétante et les faibles rendements obtenus sur les marchés, la plupart des sociétés n'ont pris que des mesures timides pour gérer leur risque. La situation est particulièrement urgente au Canada puisque, selon les résultats du sondage, on y retrouve le plus fort pourcentage de régimes PD acceptant de nouveaux participants, comparativement aux autres pays.

Depuis le début de la crise du crédit au dernier trimestre de 2007, l'actif des régimes de retraite a fondu de 4 billions de dollars US à l'échelle mondiale. Dans ce contexte, Hewitt a sondé l'été dernier 171 promoteurs de régime situés dans une douzaine de pays, pour connaître leurs démarches et leurs attitudes concernant la gestion du risque lié à leur régime de retraite.

« La conjoncture financière devrait inciter les organisations à gérer le risque lié aux régimes de retraite de la même manière qu'elles gèrent leurs risques d'entreprise en général, c'est-à-dire en évaluant leur degré de tolérance au risque et en faisant preuve de vigilance, affirme Rob Vandersanden, conseiller principal en régimes de retraite au bureau de Calgary de Hewitt. Nous ne disons pas aux entreprises d'éliminer tout risque, car les rendements de leurs placements en souffriraient, mais nous leur recommandons de bien comprendre le risque auquel elles s'exposent et de s'assurer qu'il est proportionné au rendement susceptible d'être dégagé. »

Parmi les facteurs qui influent sur l'attitude des entreprises quant à la gestion du risque lié aux régimes de retraite, les questions comptables semblent les plus importantes partout dans le monde, à commencer par les effets sur l'état des résultats. Au Canada, les sociétés se préoccupent davantage des exigences en matière de liquidités, notamment en raison des différences entre les normes comptables canadiennes et celles des autres pays, et en raison de notre programme de capitalisation du déficit de solvabilité.

Les répercussions sur les ressources financières du promoteur sont telles que les entreprises, au Canada surtout, confient désormais la gestion de leurs régimes au service des finances plutôt qu'à leur service des ressources humaines.

Une stratégie plutôt qu'une réaction instinctive

On a demandé aux répondants quelles mesures ils utilisaient pour quantifier leur exposition au risque et à quelle fréquence ils mesurent celle-ci :

  • Près de la moitié des répondants évaluent séparément le risque lié aux régimes de retraite. Un répondant sur six déclare évaluer le risque lié aux régimes de retraite en relation avec le budget-risque global de l'entreprise.
  • Plus de la moitié des répondants ont recours à la modélisation de l'actif et du passif pour évaluer leur risque lié aux régimes de retraite. De plus, le tiers d'entre eux se penchent sur des valeurs numériques tirées de chocs déterministes (dépréciation de 20 % des actions, par exemple) et un autre tiers utilisent une mesure de la valeur à risque d'un point de vue local ou mondial.
  • Étonnamment, le tiers des répondants canadiens reconnaissent qu'ils ne disposent d'aucune méthode formelle de mesure du risque lié aux régimes de traite.
  • En matière de suivi du risque, un bon nombre d'entreprises canadiennes (45 % des répondants) réévaluent leurs actifs une fois par trimestre, mais elles sont aussi nombreuses (45 % des répondants) à revoir une fois l'an leur passif et leurs mesures du risque. Il est toutefois possible que la surveillance du risque se fasse plus souvent depuis quelques mois, vu la volatilité accrue des marchés.

Bien que certaines sociétés n'aient pas une idée très nette de leur tolérance ou de leur exposition au risque, d'autres prennent des mesures pour atténuer leur risque, surtout en ce qui a trait à leurs portefeuilles de placement. Ainsi, elles rejettent les placements boursiers les plus traditionnels au profit de solutions d'appariement du passif et d'investissements différents comme l'immobilier, les fonds de couverture, les marchandises, le capital à risque privé et les infrastructures.

« En période de volatilité, il est sage de se réorienter rapidement vers des placements plus sûrs et moins risqués. dit M. Vandersanden. Toutefois, dans l'idéal, une entreprise ne devrait redéfinir sa stratégie qu'après avoir bien mesuré son degré de tolérance au risque et évalué l'ampleur du risque auquel elle s'expose actuellement. Elle pourra ensuite envisager divers changements à mettre en œuvre pour atteindre un rapport risque-rendement acceptable. Il importe avant tout d'éviter de prendre des décisions précipitées sans tenir compte des conséquences à long terme. »

Les promoteurs de régimes PD canadiens sont mal préparés

La gestion du risque lié aux régimes de retraite n'en est qu'à ses débuts au Canada, même si les promoteurs canadiens sont conscients de l'importance de tirer des leçons de l'expérience des sociétés du Royaume-Uni. Près de 40 % des régimes canadiens ne contiennent aucune politique relative aux risques liés aux taux d'intérêt ou à l'inflation, même si le risque lié au taux d'intérêt constitue l'élément le plus important de leur budget-risque global. Par conséquent, les promoteurs de régimes canadiens ne semblent pas prêts à agir rapidement lorsque la conjoncture présente des occasions de réduire le risque.

Une gestion plus rigoureuse du risque lié aux régimes de retraite permet non seulement de limiter les répercussions sur les résultats de l'entreprise, mais aussi de rassurer les employés qui sauront que l'avenir de leur régime et de leur revenu de retraite futur n'est pas compromis. Hewitt recommande aux promoteurs de régimes de prendre les mesures suivantes pour gérer efficacement les risques auxquels ils s'exposent :

  • Envisager la possibilité d'inclure le risque lié aux régimes de retraite dans le cadre général de gestion des risques.
  • Plutôt que de s'en remettre à des études bilancielles ou à des essais de scénarios pour mesurer le risque lié aux régimes de retraite, utiliser des mesures de la valeur à risque qui permettent de distinguer entre les divers facteurs de risque comme la mortalité, les variations des taux de change, les taux d'intérêt et les rendements boursiers, ce qui permettra un meilleur contrôle des risques.
  • Répertorier et mesurer les expositions aux risques pour s'assurer qu'on ne dépasse pas les seuils de tolérance convenus. Refaire cet exercice fréquemment.
  • Les entreprises multinationales devraient envisager l'emploi de méthodes cohérentes à l'échelle du globe, surtout en ce qui a trait à la mesure du risque lié aux régimes de retraite.
  • Ne pas perdre de vue les aspects autres que financiers du risque lié aux régimes de retraite. Les régimes de retraite doivent toujours contribuer aux stratégies de maintien des effectifs, être assortis de lignes directrices claires en matière de gouvernance et faire l'objet de rapports, tandis qu'il est plus nécessaire que jamais de se tenir au fait des changements apportés à la réglementation et de veiller à ce que chaque régime soit conforme aux règles applicables.

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